Franca MAÏ
|
“Tu vois, ma mère, il ne faut pas la toucher, il ne faut pas lui faire du mal. Je l'aime d'un amour à l'infini collé. Elle est belle, pas comme ces beautés dans les magazines, non... elle, elle est bien vivante avec de jolies rides et une peau qui froisse lorsqu'elle rit à la lune. Elle possède le port d'une reine et se saigne les veines pour que je réussisse dans la vie. Elle ne veut pas que je travaille en usine comme elle, que j'use ma chair à élever des nains de jardin avec un pavillon à crédit qui te poursuit même dans la tombe.
Je t'avais prévenu et tu n'as pas voulu écouter. Tu n'as pas su entendre dans le noir. Les borborygmes de ma jeunesse. Dommage. J'ai seize ans et l'intention de faire bouger la donne. Les lucioles, cette fois-ci, c'est sur mon mur qu'elles vont s'épingler. C'est une promesse. Je tiens toujours mes promesses.”
Une brutalité blessée, un humour noir décapant et des phrases ciselées à la lame de rasoir, telle est la marque de Franca Maï dont la voix est proche du blues.
L'auteur
Franca MAÏ
"Il y a, dans mes livres, un constat et une dénonciation, une grande critique de cette société de consommation qui a engendré un individualisme terrifiant."
Franca Maï [dans une interview àL'Echo Républicain, mars 2008]
Franca Maï (1959-2012), 1/4 vietnamienne, romancière et artiste, est née à Paris. Tour à tour vampire dans le film culte de Jean Rollin Fascination, terroriste dans le film de Dominique Chaussois Le moustachu ou Escort Girl dans le film de Renan Chiraux Première génération, Franca Maï a aussi produit, écrit et réalisé des films alternatifs pour résister à l'atonie ambiante du politiquement correct, diffusés dans des lieux insolites : duramen, cimetières, souterrains, etc. Elle est, notamment, la réalisatrice de L'An de mes II, court-métrage traitant du rapport entre une victime et son bourreau.
Ecrivain, sa prose au scalpel est une invitation à décrypter les zones marécageuses de l'âme humaine. Fondatrice du webzine sans barbelés http://e-torpedo.net/, elle a partagé des écrits et des articles en creative commons.
Ses romans publiés au cherche midi éditeur, Momo qui kills (2002), Jean-Pôl & la môme caoutchouc (2003), Speedy Mata (2005), L'Ultime tabou (2006), Pedro (2007), L'Amour carnassier (2008) et Crescendo (2009), sont parus au format poche (Pocket, Nouvelles Voix). Egalement nouvelliste et poète, Franca Maï a griffé de nombreux recueils collectifs humanitaires : Le clochard ricanant, La dérive, Avec ma permission, L'oisillon décharné - dédiéà Nathalie Ménigon - et Les repentis chantent faux - dédiéà Cesare Battisti (Humanimal, éditions Archipel93) ; Jardin secret (le catalogue Vive la mode n°1) et La ligne blanche (revue CCAS infos n° 270). Emportée sans anesthésie par un cancer le 8 février 2012, son inspiration, sa lucidité et ses multiples combats pour la libertéà travers échanges et créations, en dernière résistance face au rictus de la Faucheuse à laquelle elle répondait par ricanements, sont restés vivaces jusqu'au bout.
Extraits de presse
André Rollin (Canard enchaîné, 23 février 2005) «Ça commence par un coup de revolver: « c'est très facile d'ôter une vie, il suffit de bien viser ». La meurtrière a 16 ans, elle venge sa mère. Tout ce roman, le troisième de Franca Maï, est une traînée de poudre: à chaque page tout peut sauter ! Les temps sont rudes pour Mata, qui vit seule en HLM avec sa mère. Elle l'adore. Aussi lorsqu'on touche à un seul de ses cheveux, Mata est prête à bondir. Et les occasions ne manquent pas: la visite de l'huissier est un moment de cruauté qui peut être enchanteur pour beaucoup, car Mata ne lésine pas... Elle anéantit cette « ordure lubrique ». Du grand art ! Avec les copains ça va, mais avec les friqués qui l'invitent à une soirée, elle est sans pitié. En phrases courtes, en chapitres brefs, Franca Maï dresse le tableau d'une société qui n'a pas beaucoup d'élégance pour ceux qui triment. Elle veut changer les choses. Radicalement, à sa manière. C'est brutal. C'est décapant. « La rage est en moi. Je le sais. Elle est tapie » Toujours prête à surgir. Comme une mélodie assassine.»A. Rn PRESSE
Partager
|